Au fil des années, La-Résilience.fr a consacré de nombreux articles aux fondamentaux de la prise en charge préhospitalière. Pour donner une cohérence d’ensemble et offrir un parcours pédagogique clair, j’ouvre aujourd’hui une série rétrospective dédiée au protocole MARCHE-RYAN, référence internationale en matière d’évaluation et de priorisation des gestes de sauvetage en contexte civil, secouriste ou tactique.
Chaque module sera réexaminé, consolidé et réécrit à la lumière de mes contenus antérieurs (parfois disparates, parfois trop spécialisés), afin de proposer un corpus synthétique, opérationnel et accessible, destiné aussi bien au grand public, aux primo-intervenants motivés qu’aux secouristes confirmés.
L’objectif est simple : uniformiser la doctrine, clarifier les niveaux de compétences (SC1 / SC2 / SC3), et offrir des repères solides pour agir efficacement face aux urgences vitales.
Cette série suit l’ordre logique du protocole MARCHE-RYAN :
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- M – Massive Bleeding : contrôle des hémorragies massives
- A – Airway : gestion des voies aériennes
- R – Respiration : ventilation et traumas thoraciques
- C – Circulation : état circulatoire, signes de choc
- H – Hypothermia / Head Injury
- E – Everything Else / Evacuation
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suivi du complément RYAN (Recheck, You, Alert, Next Steps), approche centrée sur la continuité de l’action.
Voici le premier module, Massive Bleeding :
Dans le protocole MARCHE-RYAN, le contrôle des hémorragies massives (M) constitue la première étape vitale. La perte de sang peut devenir critique en quelques minutes, et chaque geste compte. Comme je l’avais détaillé dans mon article de 2019 sur le contrôle préhospitalier de l’hémorragie externe, ce module combine observation, gestes techniques, outils spécialisés et priorisation des actions, adaptés selon le niveau de compétence :
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- SC1 – Civil : gestes simples et sûrs (compression directe, pansement compressif, garrot sur membre).
- SC2 – Secouriste formé : packing de plaies profondes, garrot jonctionnel, surveillance continue.
- SC3 – Professionnel médical : interventions spécialisées (ceinture pelvienne, packing thoracique ou abdominal).
Les blessures internes, thoraciques, abdominales ou pelviennes dépassent les compétences civiles. Leur identification rapide et la stabilisation de la victime permettent de préparer efficacement l’intervention des secours.
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Objectifs
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- Identifier rapidement toute hémorragie massive.
- Appliquer les gestes adaptés selon le niveau de compétence.
- Réduire la perte sanguine et limiter le choc hypovolémique.
- Comprendre les limites physiologiques, notamment l’ischémie, pour éviter des complications lors de compressions prolongées ou de garrots.
1. Évaluation initiale
Avant toute intervention, il faut observer la victime et identifier les zones saignantes :
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- Membres supérieurs et inférieurs
- Zones de jonction : aisselle, aine
- Tête et cou
- Tronc (pour identifier une éventuelle hémorragie interne ou non compressible)
Signes d’hémorragie massive
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- Saignement abondant, pulsatile ou continu
- Plaie profonde ou large, irrégulière
- Pâleur, sueurs, agitation, perte de conscience (signes de choc)
Selon compétence :
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- SC1 : repérer rapidement et appliquer compression directe ou garrot sur membre.
- SC2 : packing de plaie, garrot jonctionnel, surveillance du pouls et de l’état général.
- SC3 : interventions spécialisées, contentions pelviennes, packing thoracique ou abdominal.
Identifier une blessure thoracique, abdominale ou pelvienne permet d’alerter les secours et de stabiliser la victime en attendant une prise en charge spécialisée.
2. Gestes de contrôle des hémorragies
2.1 Compression directe – SC1 / Civil
Principe : exercer une pression constante sur la plaie pour arrêter le saignement.
Outils :
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- Le C.H.U.T. Coussin Hémostatique d’Urgence Thuasne
- A défaut, un linge propre absorbant
- La main (gantée)
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Mise en pratique : Le secouriste expose la plaie, retire les objets gênants, puis applique la compresse hémostatique en maintenant une pression constante. Si le sang traverse la compresse, on superpose une nouvelle compresse sans retirer la première. La main libre peut simultanément alerter les secours ou préparer un garrot.
2.2 Pansement compressif – SC1 / Civil
Principe : pression et absorption combinées.
Outil :
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- Le pansement Israélien / Izzy (FCP01, FCP03 …)
- Le pansement Tactical Trauma Treatment dit T3 très semblable à l’Israelien
- Le pansement Olaes 4 ou 6″
- Le pansement H&H H-bandage Rolled
- Le Mini Bandage compressif de Rescue Essentials
- Le pansement JBC T-Ban et T-Ban Mini
- SWAT-T + Compresse/Gaze
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Mise en pratique : Placer la compresse sur la plaie, enrouler le bandage autour du membre ou de la zone en exerçant une pression uniforme et fixer le pansement avec le système intégré (clip ou velcro). Cette technique libère une main pour surveiller la victime ou préparer d’autres interventions.
2.3 Garrot et Garrot tourniquet – SC1 / Civil
Principe : interrompre le flux sanguin sur un membre lorsque la compression directe est inefficace.
Outils :
Mise en pratique : Placer le garrot 5 à 10 cm au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation, et serrer jusqu’à cessation complète du saignement. Noter l’heure de pose. L’ischémie commence dès la pose : environ 60 à 90 minutes maximum sur un membre sain, au-delà duquel le risque de nécrose augmente. Surveiller la victime jusqu’à l’arrivée des secours.
2.4 Garrot jonctionnel et packing – SC2 / Secouriste formé
Principe : traiter les hémorragies dans les zones où un garrot classique ne peut être posé et les plaies profondes.
Outils : Le garrot jonctionnel – Les compresses hémostatiques
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- SAM® Junctional Tourniquet
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- Chito-SAM100®
- Woundclot Gauze®
- Celox® Z-Fold,
- Celox® Rapid
- Axiostat® Chitosan
- Hemcon® ChitoGauze™ XR Pro
- Quickclot Combat Gauze®
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Mise en pratique : Introduire la compresse hémostatique dans la profondeur de la plaie et exercer une pression continue. Appliquer le garrot jonctionnel sur les zones de jonction (aisselle, aine) selon les instructions. Surveiller le pouls, la conscience et la perfusion cutanée. Le packing et le garrot jonctionnel permettent de stabiliser la victime en attendant les secours. Mais le packing peut aussi être utilisé avec un bandage compressif.
2.5 Ceinture pelvienne – SC3 / Professionnel médical
Principe : stabiliser une fracture pelvienne et limiter la perte sanguine interne.
Outil : SAM Pelvic Sling II®
Mise en pratique : Le professionnel place la ceinture autour du bassin, réduisant le volume pelvien et limitant l’hémorragie. Ce geste n’est pas accessible aux civils et nécessite formation et expérience. Il est crucial pour les victimes de traumatisme pelvien grave.
3. Aspects physiologiques et sécurité
La prise en charge d’une hémorragie massive implique de comprendre ce que l’on fait au corps et pourquoi. Chaque geste a des conséquences physiologiques majeures ; les maîtriser permet de rester efficace sans mettre la victime en danger inutilement.
3.1. Ischémie : Comprendre l’arrêt du flux sanguin
Un garrot efficace crée une ischémie complète du membre : le sang n’y circule plus. C’est ce que l’on recherche pour stopper une hémorragie artérielle, mais c’est aussi une situation que l’organisme ne peut tolérer indéfiniment.
Sur un membre sain et adulte, la tolérance à l’ischémie est de l’ordre de quelques heures, mais cette durée dépend :
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- de la température ambiante (le froid aggrave l’ischémie),
- de l’état vasculaire de la victime,
- de la présence de comorbidités (diabète, insuffisance vasculaire),
- de la tension du garrot (trop serré = lésions, pas assez = inefficace).
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Le rôle du secouriste n’est pas de retirer le garrot mais de assurer qu’il est pleinement efficace, noté, et transmis aux équipes médicales qui disposent des moyens de lever l’ischémie en sécurité.
3.2. Surveillance : Les signes périphériques à vérifier
Une fois posé, le garrot n’est pas un geste “one shot” : il doit être surveillé.
Les éléments à contrôler régulièrement :
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- Absence de pouls distal (radial ou pédieux selon membre).
- Coloration cutanée : pâleur marquée du membre en aval = normal après garrot efficace.
- Conscience de la victime : état de choc hémorragique possible même après arrêt du saignement.
- Comportement du garrot : s’il glisse, s’il se détend avec la transpiration, il doit être resserré immédiatement.
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L’objectif n’est pas de contrôler la douleur liée au garrot (souvent intense), mais d’assurer l’arrêt complet du saignement.
3.3. Noter l’heure : Un élément vital
L’heure de pose doit être inscrite clairement : sur la victime, le garrot ou un support visible (front, avant-bras, étiquette). Ce marquage n’est pas une formalité : il conditionne la stratégie hospitalière (ischémie contrôlée, transfusion, chirurgie vasculaire).
La règle opérationnelle : un garrot ne doit jamais être retiré avant la prise en charge hospitalière.
3.4. Priorisation : pourquoi le Module M vient en premier
Le protocole MARCHE-RYAN place le contrôle des hémorragies massives avant tout le reste, même avant la perméabilité des voies aériennes, pour une raison simple : Une hémorragie artérielle peut tuer en moins de trois minutes.
Tant que la perte sanguine n’est pas stoppée, aucune autre manœuvre (A, R, C…) n’a de sens. Un garrot efficace sauve plus de vies que n’importe quelle autre intervention préhospitalière.
3.5. Coordination et transmission : la continuité de la prise en charge
À l’arrivée des secours médicalisés, la transmission doit être :
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- concise,
- structurée,
- factuelle.
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À communiquer :
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- localisation et type d’hémorragie,
- gestes effectués (garrot, packing, pression),
- matériel utilisé (CAT, SICH, Celox, QuikClot),
- heure de pose,
- évolution du saignement,
- état général de la victime (conscience, respiration, peau).
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Cette coordination garantit la continuité du protocole, évite les doublons, et permet aux équipes spécialisées d’anticiper la suite (chirurgie, transfusion, contrôle de dommages).
4. Matériel recommandé
Le matériel listé ci-dessous constitue l’équipement minimal et avancé pour la gestion d’une hémorragie massive. Les premiers items, bien que “généraux”, sont indispensables à l’efficacité et à la sécurité des gestes hémostatiques (protection, accès, fixation, traçabilité).
| Matériel | Niveau | Exemple / Marque | Remarque |
|---|---|---|---|
| Couverture de survie | Tous | Les protections de secours, Blizzard EMS BPS2-10 FP | Prévention de l’hypothermie, essentielle en contexte hémorragique. À poser dès que possible. |
| Gants nitrile | Tous | Toute marque certifiée | Protection du secouriste, manipulation propre. Toujours première étape. |
| Ciseaux d’urgence | Tous | Leatherman Raptor®, ciseaux Jesco, Redline® | Découpe rapide des vêtements pour exposer la plaie. Indispensable pour poser garrot ou pansement compressif. |
| Tape médical | Tous | HyFin® tape, duct-tape médical, Gorilla Tape® (version médicale) | Fixation rapide d’un pansement, maintien du matériel ou renfort après compression. |
| Feutre indélébile | Tous | Sharpie® | Noter l’heure de pose d’un garrot, l’évolution, ou toute information vitale sur la victime. |
| Compresses hémostatiques | Tous | QuikClot Combat Gauze®, Celox Gauze®, ChitoGauze® … | Pour packing profond ou compression directe. Très efficaces sur plaies cavitaires et zones non garrotables. |
| Pansements compressifs | Tous | Israeli Bandage®, Olaes® Modular Bandage, Mini Bandage compressif | Pression mécanique continue. Souvent utilisé en seconde intention après packing. |
| Garrots / Garrots tourniquets | Tous | CAT® Gen7, SOFTT-W®, SICH®, TMT®, RevMedX® TX2/TX3 … | Pour membres uniquement. Noter impérativement l’heure de pose. Efficacité dépendante de la tension. |
| Garrots jonctionnels | SC2 | SAM® Junctional Tourniquet, JETT® | Zones non garrotables : aisselle / aine. Utilisation réservée aux formés. |
| Ceinture pelvienne | SC3 | SAM Pelvic Sling II® | Stabilisation fracture du bassin pour réduire l’hémorragie interne. Usage avancé, réservé aux niveaux supérieurs. |
Conclusion
Le module M est la première barrière contre la mort par hémorragie.
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- Les civils (SC1) stabilisent la victime et limitent la perte sanguine.
- Les secouristes formés (SC2) optimisent l’efficacité avec packing et garrots jonctionnels.
- Les professionnels (SC3) réalisent les gestes avancés réservés aux zones pelviennes et aux plaies profondes.
Comprendre le rôle de chaque geste, connaître le matériel et respecter les limites de compétences permet de sauver des vies et de préparer efficacement l’arrivée des secours.
Le module suivant, A + R : Airway & Respiration, abordera la gestion des voies aériennes et de la ventilation, une fois l’hémorragie maîtrisée.
Module M : Massive Bleeding – MARCHE-RYAN
Module A + R : Airway & Respiration – MARCHE-RYAN
Module C + H : Choc & Hypothermie – MARCHE-RYAN
Module E : Evacuation – MARCHE-RYAN

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modéré, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.






Top bravo. Vu le nombre de couteaux isolés déséquilibrés, savoir réagir est une nécessité.