Dans un monde fondé sur l’abondance, l’électricité et l’électronique sont devenues des évidences. L’énergie circule, les appareils fonctionnent, les systèmes communiquent, sans que l’on se préoccupe réellement de ce qui se passe entre la prise murale et le service rendu. Cette transparence technique a un coût : nous dépendons de systèmes que nous ne savons plus ni diagnostiquer, ni réparer, ni même comprendre dans leurs principes fondamentaux.
Dans une logique de résilience, cette dépendance est un point de fragilité majeur.
Récupérer et réutiliser des composants électriques et électroniques ne relève pas du bricolage opportuniste, mais d’une hiérarchisation des fonctions vitales. Tous les niveaux technologiques ne se valent pas. Certains sont simples, robustes et réparables. D’autres sont complexes, opaques et fortement dépendants d’une industrie lourde. La résilience consiste précisément à faire la différence entre les deux.
Hiérarchiser plutôt qu’accumuler
L’électricité constitue la base. Interrupteurs, câbles, protections, relais, transformateurs : sans eux, rien ne fonctionne. C’est le niveau le plus accessible, le plus durable et souvent le plus rentable à récupérer.
Vient ensuite l’électronique de puissance, interface critique entre la source d’énergie et l’usage : redressement, régulation, conversion, commutation. C’est elle qui permet de transformer une tension brute en énergie exploitable, de charger des batteries, d’alimenter des moteurs ou de sécuriser des installations autonomes.
Enfin, l’électronique dite « classique » (signaux, commandes, logique simple) apporte finesse et contrôle, mais au prix d’une complexité croissante et parfois d’une réparabilité limitée.
L’objectif n’est donc pas de tout récupérer indistinctement, mais de constituer un socle technique cohérent, capable de fonctionner dans des conditions dégradées. Maintenir l’énergie, assurer sa distribution, la convertir et, seulement ensuite, la piloter. Cette approche impose de trier, de comprendre et de choisir, plutôt que d’accumuler.
Comment récupérer des composants ?
La récupération de composants ne doit pas être un démontage au hasard. Elle suit une démarche simple : cibler, tester, extraire, stocker. L’objectif est de récupérer des pièces utiles, fiables et réutilisables.
1) Cibler les appareils les plus intéressants
Prioriser les objets contenant des composants universels et robustes :
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- Alimentation (blocs secteur, onduleurs, chargeurs)
- Appareils audio/vidéo (TV, amplis, lecteurs)
- Équipements informatiques (PC, imprimantes, routeurs)
- Outils électroportatifs (chargeurs, moteurs, batteries)
- Appareils ménagers (micro-ondes, aspirateurs, frigos)
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2) Vérifier l’état avant démontage
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- Rechercher les signes de vieillissement ou de dommages (condensateurs gonflés, traces de brûlé, corrosion).
- Tester les éléments “faciles” sans ouvrir : prises, câbles, fusibles, interrupteurs.
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3) Tester les composants avant de les stocker
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- Mesurer la continuité et la valeur des résistances.
- Tester diodes et transistors avec la fonction diode du multimètre.
- Contrôler les condensateurs électrolytiques (gonflement, ESR si possible).
- Vérifier connecteurs, interrupteurs et câbles (continuité, absence de faux contacts).
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4) Extraire proprement
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- Dessouder avec soin pour ne pas abîmer les pattes ou la carte.
- Retirer les composants sensibles (capteurs, modules radio) en dernier.
- Éviter de casser les composants ou les pistes : une extraction propre augmente la réutilisation.
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5) Stocker de façon exploitable
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- Classer par catégories : Électricité / Puissance / Électronique.
- Étiqueter : valeur, tension, polarité, provenance.
- Protéger : boîtes compartimentées, sachets anti-humidité, stockage à l’abri de la chaleur.
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Cette méthode permet de constituer un stock de composants réutilisables sans perdre de temps ni abîmer les pièces. Elle est particulièrement adaptée à une logique de résilience, où chaque composant doit être exploitable rapidement.
Que peut-on récupérer ?
Récupérer pour réparer : les composants à préserver
En situation de crise, l’électronique usagée devient une réserve stratégique. L’idée n’est pas de tout récupérer, mais de constituer un stock de pièces polyvalentes. Voici les catégories les plus utiles :
Classifier pour mieux récupérer
Une classification claire permet d’orienter efficacement la récupération et de constituer un stock réellement utile. Trois grandes catégories se dégagent.
1) Électricité
Ces composants forment la base des systèmes simples et des réparations rapides :
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- Fusibles et porte-fusibles
- Interrupteurs, boutons, relais
- Connecteurs (DC, bananes, borniers, cosses)
- Câbles et fils (notamment silicone souple)
- Transformateurs et blocs secteur
- Condensateurs électrolytiques de filtrage
Ils sont omniprésents, faciles à tester et souvent réutilisables immédiatement.
2) Électronique de puissance
Indispensables pour l’énergie, la conversion et la gestion des charges :
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- MOSFET et transistors de puissance
- Diodes de puissance (Schottky, redressement)
- Régulateurs de tension (7805, 7812, modules DC-DC)
- Inductances et tores
- Ponts de diodes
- Modules de charge Li-ion et BMS
Ces composants sont souvent coûteux à l’achat et critiques dans les systèmes autonomes (batteries, panneaux solaires, alimentations).
3) Électronique « logique » et signaux faibles
La base des montages, de la mesure et de la communication :
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- Résistances (toutes valeurs)
- Condensateurs céramique (découplage)
- Transistors petits signaux
- Circuits intégrés simples (amplificateurs opérationnels, timers)
- Capteurs (température, humidité, pression)
- Microcontrôleurs [MCU] (Arduino, ESP32, STM32, NRF …)
- Modules radio (LoRa, Bluetooth, Wi-Fi)
Ce sont des composants universels, présents dans presque tous les appareils, et extrêmement polyvalents.
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Comment réparer (méthode simple) ?
La réparation électronique repose sur une démarche logique : observer, diagnostiquer, tester, réparer, vérifier. L’objectif est d’identifier rapidement la cause et d’éviter les interventions inutiles.
1) Sécuriser et préparer
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- Débrancher l’appareil et retirer les batteries.
- Rassembler les outils de base : multimètre, fer à souder, dessoudeuse, tournevis.
- Vérifier visuellement : traces de brûlé, condensateurs gonflés, connexions lâches.
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2) Diagnostiquer avant de démonter
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- Noter les symptômes (panne complète, affichage, bruit, surchauffe).
- Identifier le contexte (choc, humidité, surtension).
- Tester l’alimentation externe (câble, adaptateur, tension).
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3) Tester hors tension
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- Vérifier continuité et courts-circuits avec le multimètre.
- Tester les composants suspects (diodes, résistances, condensateurs, fusibles).
- Repérer les condensateurs électrolytiques défectueux (souvent cause fréquente).
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4) Remplacer les composants défectueux
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- Dessouder proprement sans endommager la carte.
- Remplacer par un équivalent (valeur, tension, polarité).
- Préférer une pièce testée ou neuve si nécessaire.
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5) Vérifier sous tension
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- Tester l’appareil avant de le refermer complètement.
- Contrôler les tensions aux points clés si possible.
- Valider que la panne est résolue.
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La compétence avant le composant
En cohérence avec l’approche de la résilience technique promue sur ce blog, il est important de souligner que la maîtrise des fondamentaux de l’électricité constitue une compétence pivot avant même de se lancer dans la récupération ou la réparation de composants. Dans l’article Electricité pratique publié sur la-resilience.fr, j’explique précisément pourquoi apprendre à gérer les opérations électriques courantes (comprendre la tension, l’intensité, la résistance, savoir dénuder, mesurer, sécuriser) n’est pas un simple « bricolage », mais une compétence structurante pour toute autonomie énergétique et technique.
Cette base de compétences électriques permet non seulement d’intervenir en sécurité sur une installation ou un équipement, mais aussi de diagnostiquer efficacement les pannes et d’évaluer ce qui peut être récupéré, réparé ou adapté, avant de se lancer dans des niveaux plus avancés de l’électronique ou de l’électronique de puissance.
Enfin, il serait illusoire de considérer que chacun doit, individuellement, développer l’ensemble de ces compétences techniques. La résilience n’est pas uniquement une affaire personnelle, elle est aussi collective. Si l’électronique, l’électricité ou la réparation ne suscitent aucune appétence particulière, il est pertinent d’envisager autrement la question : cette compétence existe-t-elle au sein de votre clan, de votre groupe ou de votre famille ?
Identifier, valoriser et intégrer des profils techniquement compétents dans son environnement proche fait pleinement partie d’une stratégie résiliente. À défaut de tout maîtriser soi-même, savoir à qui s’adresser, avec quels moyens et sur quels systèmes, peut faire la différence entre une panne bloquante et un système maintenu en fonctionnement.
Quelques articles
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Faire durer, réparer, transmettre
La récupération et la réutilisation de composants électroniques ne relèvent pas du bricolage opportuniste, mais d’une démarche volontaire et structurée. En apprenant à identifier, extraire et stocker des composants clés, on transforme des appareils en fin de vie en ressources techniques durables.
Cette pratique renforce l’autonomie, développe la compréhension des systèmes et redonne de la valeur à des objets voués au rebut. Elle permet aussi de réparer plus vite, avec moins de dépendance aux filières d’approvisionnement, tout en limitant les déchets.
Au-delà de l’aspect technique, récupérer et réparer, c’est entretenir une culture du faire, du transmettre et de la sobriété choisie. Chaque composant sauvé, testé et réutilisé est une brique de plus vers des systèmes plus résilients, compréhensibles et maîtrisés.

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modéré, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.




Merci. Très intéressant et cela est très utile pour réfléchir et augmenter ses compétences….
J’adore ton article ! On a tout de suite un plan de rangement pour se préparer ou éventuellement trier si on a commencé. Ca permet d’éviter d’accumuler « bêtement » pendant des années en se disant que ça pourrait servir un jour mais (et ne pas savoir où ça se trouve le jour où on en a besoin). Conserver prend tout son sens quand on a réfléchi à la fonction de chaque élément en amont ! Et ta méthode s’applique à d’autres matériaux ! Merci beaucoup pour ce partage et tes conseils très utiles.