Dans un monde où les infrastructures de communication centralisées peuvent devenir fragiles, qu’il s’agisse d’une panne réseau, d’un événement climatique extrême, ou simplement d’une surcharge locale, la capacité à maintenir un lien de communication autonome et local devient un élément essentiel de toute stratégie de résilience territoriale. Les réseaux classiques reposent sur des opérateurs et une infrastructure extérieure au groupe : ils sont efficaces dans un mode normal, mais peu résilients en cas de rupture partielle ou totale de ces structures.
C’est dans cette optique que la construction d’un routeur Meshtastic autonome prend tout son sens. L’objectif n’est pas de concurrencer les réseaux commerciaux, mais plutôt de fournir à un groupe, un « clan » au sens communautaire, les moyens de s’échanger des messages, de coordonner des actions et de maintenir un lien minimal, même lorsque les réseaux habituels font défaut.
Pour cela, nous nous appuyons volontairement sur des composants simples, éprouvés et accessibles, dont le Heltec LoRa 32 V4, déjà présenté en détail dans un article dédié. Ce choix n’est pas anodin : il s’agit d’un matériel suffisamment ouvert et documenté pour être compris, modifié et réparé, ce qui est un critère fondamental dans une démarche de résilience. Avant d’aller plus loin, il est donc recommandé de prendre connaissance de ses caractéristiques, de ses forces, mais aussi de ses limites.
Châssis, boîtier et implantation
Une fois le socle technique posé, la question n’est plus seulement logicielle. Un routeur destiné à fonctionner en continu doit être protégé, alimenté et correctement implanté. Le châssis, le boîtier et la fixation ne sont pas des détails : ils conditionnent la durabilité du dispositif et sa capacité à fonctionner sans intervention humaine régulière.
Ce routeur, associé à une antenne adaptée (accordée à 868 MHz) et à une alimentation autonome (solaire), devient un composant central d’un petit maillage local résilient. Dans la suite de cet article, nous verrons comment et avec tu peux fabriquer un tel routeur pour ton groupe, afin d’étendre et pérenniser des communications indépendantes des réseaux classiques.
Dimensionnement énergétique
Le choix des composants répond à une logique simple : fiabilité, disponibilité et sobriété. Rien d’exotique, rien de surdimensionné. L’objectif est de pouvoir reproduire le montage, le comprendre et l’adapter au contexte local.
Dans ce cadre, le Heltec LoRa 32 V4 configuré en rôle ROUTER consomme environ 50 mA en fonctionnement permanent. Cette donnée a guidé le dimensionnement du système énergétique :
- Stockage : deux batteries Li-Ion 18650 de 3000 mAh montées en parallèle, offrant une réserve suffisante.
- Production solaire : un panneau adapté à la région de l’Hérault (ensoleillement régulier) permet de maintenir la charge en journée.
- Autonomie de sécurité : les tests réalisés ont montré que le routeur peut fonctionner jusqu’à 72 heures sans soleil, par exemple de nuit ou en cas de journées couvertes consécutives.
Dans le pire des cas, lorsque les batteries sont temporairement déchargées, le routeur ne perd pas son rôle dans l’infrastructure. Il redémarrera automatiquement dès qu’il aura capitalisé suffisamment d’énergie, reprenant seul son rôle de relais au sein du maillage local.
Ce dimensionnement assure que le routeur reste autonome, fiable et pérenne, tout en restant simple à reproduire et à entretenir. C’est exactement le type de compromis pragmatique et résilient que l’on cherche à atteindre dans un réseau communautaire.
Composants nécessaires :
- 1 x Heltec LoRa 32 V4
- 1 x Régulateur de charge solaire MPPT – CN3791
- 1 x Boîtier ABS IP67 100x150x70mm
- 1 x Panneau solaire P109 Voltaïc System ou AliExpress 1 – AliExpress 2
- 2 x Batteries Li-Ion 18650 (3000mA)
- 1 x Boîtier de batterie 2×18650 en parallèle
- 1 x Support d’Antenne en L pour mat 420x270x38mm
- 1 x Support articulé Amazon ou AliExpress
- 1 x Câble RG58 Type N mâle-mâle 30 cm
- 1 x Connecteur écrou Type N Femelle 10 cm
- 1 x Antenne OPA-ANT-FIXE-868-V2-N-1568 (4.4 dBi) –Très bon rapport qualité prix, ou antenne 860-930 MHz (3 dBi)
Eléments de configuration
La configuration logicielle est volontairement sobre et conservatrice. Elle privilégie la stabilité du réseau, la compatibilité entre nodes et la réduction du trafic inutile. Ces paramètres peuvent être mis en œuvre simplement via l’application smartphone, conformément à la procédure décrite dans l’article de configuration d’un node Gaulix.
--set lora.region EU_868 --set lora.modem_preset LONG_MODERATE # par défaut : LONG_FAST --set display.screen_on_secs 30 --set device.tzdef "CET-1CEST,M3.5.0,M10.5.0/3" --set lora.tx_power 27 --set telemetry.device_telemetry_enabled true --set telemetry.device_update_interval 1800 --set neighbor_info.enabled true --set neighbor_info.update_interval 43200
- Dans une logique de résilience, il est également pertinent de désactiver la réception descendante des services MQTT, afin de limiter les échanges radio issus d’Internet et de préserver l’autonomie énergétique du routeur.
--ch-set downlink_enabled false --ch-index 0 --ch-set downlink_enabled false --ch-index 1 --ch-set downlink_enabled false --ch-index 2
- Pour la bascule en rôle ROUTER, je préconise l’utilisation de commande CLI (Aide) :
--set device.role ROUTER --set power.is_power_saving false --set power.ls_secs 300 --set power.sds_secs 0 --set power.min_wake_secs 60
A toi de jouer
Fabriquer un routeur de communications locales autonome ne relève ni de l’exploit technique ni d’une démarche réservée à quelques spécialistes. C’est avant tout un premier pas concret vers une meilleure compréhension de nos dépendances, et vers une capacité à les réduire, à notre échelle.
Ce type de montage n’a pas vocation à tout remplacer, ni à fonctionner seul. Il prend pleinement son sens lorsqu’il s’inscrit dans un territoire connu, un groupe humain existant, et des usages simples mais réguliers. Un message échangé, un lien maintenu, une coordination possible : c’est souvent suffisant.
Si tu hésites encore à te lancer, commence modestement. Un node, un panneau, quelques tests. La résilience ne se construit pas en une fois ; elle s’acquiert par l’expérimentation, l’appropriation et le partage. Mettre le pied à l’étrier, c’est déjà faire beaucoup.

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modéré, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.




Je ne comprends pas l’intérêt. Autant avoir des radios. Plus simple plus efficace.
@Johnny57 c’est un point de vue très logique. Dans ma démarche je m’intéresse aux alternatives et je suis déjà bien compétent en Radio (voir le nombre d’articles sur le blog). Pour moi la résilience c’est le savoir faire et pas seulement la possession. La radio c’est plus compliqué au niveau énergétique de faire de la veille plusieurs jours sans solution plus lourde pour l’énergie.
La discrétion, la légèreté, le peu d’énergie utile, sont des exemples de la pertinence de ces technologies.
Je suis d’accord, le savoir faire c’est important. Mais surtout le savoir faire utile, là je me demande dans quelle situation il serait intéressant. Il faudrait un scénario de rupture de normalité très long, à la walkind dead.
C’est pas évident de contenter tous le monde dans ce domaine assez large. Personnellement je vais continuer dans le domaine. Le medic, la radio, les flingues, la bouffe, les stratégies, les études sociologies, il y a de tout ici, c’est l’esprit de ce blog …
Ne le prends pas mal hein, c’était un questionnement sincère attendant des réponses pour mieux comprendre. Rien de plus.
@Johnny57 non bien entendu, c’est normal. Puis je préfère commentaire que rien du tout. 😉
Tres bel article, plus je lis sur ces Heltec et en avoir testé et mis en fonction (y compris des solaires) je me demande si on n’est pas a la merci de ces modules chinois. Ils envoient un trame de déclenchement bien cachée dans leur hardware et hop Plus de meshtastic meshcore. Ca me tente a garder un bon vieux « bac » en 27mhz le canal 19 a ses limites mais aussi ses avantages dans une resilience pure et dure. Un bac est depannable alors qu’un module heltec se jette helas.
Bien entendu, ne pas mettre ces œufs dans le même panier ! La base …
Parfait merci pour ton partage… de mon côté je développe également un petit réseau entre amis. En plus de nos boitiers perso et de certains relais sur nos domiciles, je suis en train de déployer deux routeurs solaires type sensecap solar node P1 (MRMS et MRMX). Au plaisir peut-être de se capter sur Longfast ici c’est MH, M1n1. Bonne soirée.
@Nico, L’avenir n’est pas encore écrit, c’est à nous de le faire 😉