Le Heltec Wireless Tracker v2, cela peut servir à quoi ? En situation de rupture de normalité (réseau cellulaire indisponible, saturation des infrastructures, perte de coordination) le problème principal n’est pas seulement de communiquer, mais de savoir où sont les membres de sa famille, son groupe ou son clan. Un tracker LoRa/Meshtastic apporte une réponse simple à ce besoin : il permet de maintenir une conscience minimale de la situation géographique, sans dépendre d’un opérateur téléphonique.
Concrètement, il devient un outil de coordination distribuée. Un groupe peut suivre les déplacements de ses membres, visualiser des positions relatives (azimut), identifier un retard, un écart de trajectoire ou un point de regroupement atteint. Là où une radio voix impose d’être disponible au bon moment et de reporter manuellement la position sur une carte papier, le tracker envoie une information très précise et actualisée régulièrement dans le réseau local Meshtastic sur ton canal privé.
Il prend aussi tout son sens dans une logique de repli et de mobilité. Lors d’un déplacement vers un point sûr, ou dans une stratégie multi-sites (plans A, B, C), il permet de confirmer qu’un individu ou une équipe a bien atteint une zone donnée, sans avoir besoin d’échanges longs ou énergivores. C’est particulièrement pertinent si les communications doivent rester brèves, discrètes ou peu fréquentes.
Un usage discret : Un tracker peut être configuré pour émettre périodiquement sans intervention humaine. En cas de problème (incident, perte de contact, immobilisation), la dernière position connue devient une information exploitable. Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est souvent la seule donnée disponible quand tout le reste a échoué.
Enfin, dans un réseau mesh comme Meshtastic, le tracker ne travaille pas seul. Il s’appuie sur une infrastructure légère de nodes fixes ou mobiles pour relayer l’information. Cela permet de créer une capacité de localisation collaborative, résiliente par nature, car distribuée et sans point central.
Au fond, l’intérêt d’un tracker dans une démarche résiliente n’est pas technologique. Il est opérationnel : réduire l’incertitude sur la position des personnes et maintenir un minimum de coordination quand les moyens classiques ne fonctionnent plus.
Le Wireless Tracker v2 (nRF52840)
Quand Heltec Automation m’a proposé de tester en avant-première leur nouveau tracker, j’ai vu passer l’occasion parfaite de sortir du simple usage “node classique” pour creuser un rôle beaucoup plus spécifique : celui de tracker terrain.
Tester un produit avant sa sortie, c’est toujours intéressant. Mais là, l’idée était surtout d’aller plus loin que la fiche technique : comprendre comment ce type de node se comporte en conditions réelles, ce qu’il apporte concrètement sur le terrain… et surtout où sont ses limites.
J’ai donc accepté sans trop hésiter, avec une question en tête : est-ce que cela peut apporter de la valeur à nos préparations résilientes ?
Caractéristiques
| Description | |
|---|---|
| MCU | nRF52840 |
| Puce LoRa | SX1262 |
| Puce GNSS | UC6580 |
| Fréquence | 863 ~ 928 MHz |
| Puissance | 28 ±1 dBm |
| Sensibilité | -134 dBm |
| Bluetooth | Bluetooth 5 (BLE) |
| Ressources | ADC, GPIO, UART, I2C, SPI |
| Interfaces | USB Type-C ; 1 × connecteur batterie (JST 1.25 mm) ; 1 × connecteur panneau solaire (JST 1.25 mm) ; antenne LoRa (IPEX 1.0) ; antenne GNSS (IPEX 1.0) ; 2 × 18 broches (2.54 mm) |
| Alimentation | Batterie lithium 3.7 V (3.0 V – 4.2 V), avec circuit de charge intégré |
| Température | -20 ~ 70 °C |
| Dimensions | 52.00 × 25.40 × 10.26 mm |
Bilan énergétique
A. Contexte opérationnel du test avec le rôle Meshtastic Client :
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- alimentation : 2 × 18650 de 2600 mAh en parallèle
- Bluetooth : activé
- exposition permanente à ma passerelle MQTT locale (Canal Gaulix Fr_Blabla)
- environ une dizaine de connexions BLE sur la période de test (12 heures)
- environ une vingtaine de messages TX LoRa sur la période de test (12 heures)
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La consommation moyenne du nœud Client sur la période est de 58 mAh
B. Contexte opérationnel du test avec le rôle Meshtastic Tracker :
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- alimentation : 2 × 18650 de 2600 mAh en parallèle
- Bluetooth : activé
- exposition permanente à ma passerelle MQTT locale (Canal Gaulix Fr_Blabla)
- environ une dizaine de connexions BLE sur la période de test (12 heures)
- environ cinq messages TX LoRa sur la période de test (12 heures)
-
La consommation moyenne du nœud tracker sur la période est de 37 mAh
Coté puissance
Pour mesurer la puissance réellement émise par le Heltec Wireless Tracker v2 (nRF52840), j’ai utilisé un analyseur de spectre TinySA Ultra Plus, avec un atténuateur 40 dB / 10 Wmax intercalé entre l’émetteur et l’appareil pour le protéger d’un signal trop fort. La capture d’écran ci‑dessous met en évidence une puissance mesurée de 28,4 dBm, avec une précision de ±2 dBm. Considérant la réalité calibré de l’atténuateur et la marge de précision de l’analyseur, avec cette mesure, on peut considérer le niveau de puissance annoncé est atteint.
Rappels sur la législation – Application à Meshtastic en bande 869,4–869,65 MHz
Le paramètre de région dans Meshtastic sert surtout à adapter la fréquence et les règles d’utilisation (duty cycle), mais il ne bride pas la puissance d’émission du module. Pour rester dans la réglementation, il faut donc ajuster soi-même la puissance en fonction de l’antenne et des pertes.
En Union Européenne et donc en France, la Décision 2006/771/CE modifiée (bande n°54) autorise :
500 mW P.A.R. = 27 dBm PIRE
Cela signifie que :
- Si ton antenne a un gain de 2 dBi
- Et que ton câble perd 0,5 dB
- → Ta puissance en sortie module doit être réglée vers 25,5 dBm pour respecter 27 dBm PIRE.
Architecture matérielle
Après le lancement de la version ESP32-S3 du Wireless Tracker V2 mi-mars, la prochaine version adoptera un microcontrôleur nRF52840, choisi pour réduire la consommation énergétique tout en conservant la même architecture matérielle de base. La communication LoRa repose sur la puce SX1262, accompagnée d’un front-end d’amplification (PA/LNA) KCT8103L qui stabilise le signal et optimise l’émission et la réception.
Le module GNSS/GPS UC6580 assure la localisation en exploitant plusieurs constellations satellites (GPS, GLONASS, BeiDou, Galileo), ce qui réduit les temps de positionnement et améliore la fiabilité dans les zones urbaines ou boisées. Sa consommation optimisée et son mode veille intelligent s’alignent parfaitement avec la philosophie du nRF52840, garantissant que la géolocalisation n’impacte pas significativement l’autonomie globale de l’appareil.
La gestion de l’énergie est confiée au contrôleur CN3165, qui supervise la recharge et l’alimentation de la batterie et des composants. L’ensemble forme une plateforme relativement cohérente : MCU nRF52840 moins énergivore, radio LoRa opérationnelle, géolocalisation active et autonomie maîtrisée, tout en restant simple et robuste sur le plan matériel. L’intégration de ce contrôleur dans l’architecture reste cependant limité intrinsèquement à l’usage d’un panneau solaire de petite puissance (environ 3 watts).
Notons que même si le système peut bénéficier d’une gestion énergétique plus avancée en déléguant la gestion à un module de contrôle complémentaire (Type MPPT), il faut garder à l’esprit que ce node est avant tout conçu pour le tracking intégré, par exemple en véhicule, où il sera très autonome. En usage isolé et autonome, son fonctionnement restera dépendant de la capacité initiale de sa batterie.
🧩 CN3165
Une limite importante de l’intégration du CN3165 dans ce type de node concerne l’absence de gestion intelligente de l’alimentation. Le circuit ne propose ni véritable load sharing (répartition entre alimentation externe et batterie), ni power path management. Concrètement, même en présence d’énergie solaire, le système dépend directement de la batterie pour fonctionner. À cela s’ajoute l’absence d’hystérésis sur les seuils de fonctionnement au contraire d’un BMS plus évolué intégrant une logique type trigger de Schmitt (avec par exemple un arrêt à 3,0 V et un redémarrage seulement à 3,5 V), le comportement repose ici sur un seuil implicite unique. Résultat, le système peut rester bloqué dans une zone instable, incapable de redémarrer proprement lorsque la batterie se recharge lentement, notamment en conditions solaires dégradées.
🧩 KCT8103L
Le choix de Heltec Automation de passer à la puce KCT8103L s’explique simplement par un meilleur compromis entre performance radio utile et consommation.
Côté performance, le gain ne vient pas d’une puissance d’émission plus élevée, mais d’une réception plus propre. Le KCT8103L introduit moins de bruit et améliore la sensibilité, ce qui augmente le SNR réellement exploitable. En LoRa, c’est ce paramètre qui conditionne la portée effective et la stabilité des échanges. Concrètement, un nœud capte mieux les signaux faibles et décode plus fiable, ce qui est bien plus impactant que quelques dBm supplémentaires en émission.
Côté consommation, la différence est directe. Les solutions orientées puissance comme le GC1109 tirent des courants élevés en émission, avec un rendement global inférieur. Le KCT8103L, plus équilibré, réduit la consommation tout en maintenant un niveau de performance supérieur sur le lien réel. Le résultat est un meilleur ratio portée / énergie, essentiel pour des nodes autonomes, et l’appel de charge à l’émission pour des batteries à niveau bas ne risque plus de faire redémarrer le nœud en question.
En résumé, Heltec a abandonné une logique “émettre plus fort” pour une logique transmettre mieux, en améliorant simultanément la qualité du lien et l’efficacité énergétique.
Conclusion
Au terme de ce test, il est important de replacer ce node dans sa véritable catégorie : on n’est pas face à un produit “clé en main”, prêt à être utilisé tel quel en sortie de boîte, mais bien face à une plateforme orientée maker. Le Heltec Wireless Tracker V2 (nRF) demande à être compris, adapté, intégré. Il s’adresse clairement à ceux qui acceptent de mettre les mains dans la configuration, l’alimentation et parfois même dans l’optimisation matérielle.
C’est d’ailleurs dans cette logique qu’il devient intéressant. Car derrière cette approche non finalisée se cache un potentiel technique réel. Les performances radio sont particulièrement attractives, avec une puissance d’émission pouvant atteindre 28 dBm, associée à la sensibilité apportée par le front-end KCT8103L RF front-end. Sur le terrain, cela se vérifie concrètement : lors de mes tests avec une antenne de 8dBi, une liaison montante a été établie sur plus de 130 km avec un SNR de -17,25, ce qui reste tout à fait exploitable en LoRa. Ce type de résultat illustre bien la capacité du node à maintenir des communications longue distance dans des conditions réelles, et le place clairement au-dessus d’un bon nombre de nodes en performance radio brute.
Pour autant, ce node impose des choix. L’alimentation, notamment en solaire, montre rapidement ses limites si l’on reste sur une approche “plug and play”. L’absence de gestion avancée de l’énergie oblige à réfléchir son intégration de manière globale, en fonction du contexte d’usage.
C’est précisément dans cette optique que je vois l’intérêt de ce tracker. Plutôt que de le considérer comme un équipement autonome universel, je le positionne comme une brique à intégrer dans un système plus large. De mon côté, il trouvera naturellement sa place dans mon fourgon, en alimentation fixe, où je peux maîtriser l’énergie disponible et exploiter pleinement ses capacités radio.
Dans ce type d’intégration, ses contraintes deviennent secondaires, et ses qualités prennent le dessus : compacité, efficacité énergétique, et surtout performances radio. Au final, ce node est un produit niche hautement technique, mais un outil, qui révèle tout son potentiel dès lors qu’il est utilisé dans un environnement pensé pour lui.

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modérée, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.

