Dans un article publié en début d’année, j’expliquais comment fabriquer un petit routeur de communication Meshtastic autonome, alimenté par panneau solaire et destiné à fonctionner en permanence pour relayer les messages d’un réseau local.
L’idée était simple : disposer d’un point relais discret et indépendant, capable de maintenir une continuité de communication pour un petit groupe, même en l’absence d’infrastructure classique.
➡️ Si vous n’avez pas vu cet article, je vous recommande de commencer par là. J’y détaillais la construction du routeur, le matériel utilisé et la logique d’un nœud Meshtastic configuré en mode router, alimenté par énergie solaire.
Mais concevoir un système sur le papier ou sur l’établi est une chose. Le faire fonctionner dehors, en continu, pendant plusieurs semaines, en est une autre. Après 60 jours d’exploitation, dont une bonne partie en plein hiver, il est temps de faire un premier retour d’expérience sur le comportement réel du système.
Deux mois d’hiver
Après 60 jours d’exploitation, le moment est venu de faire un premier bilan. Ces deux mois de test correspondent à la période la plus défavorable de l’année pour l’énergie solaire. Au total, sur environ 60 jours :
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- seulement une dizaine de jours d’ensoleillement correcte
- de nombreuses journées entièrement couvertes
- des journées très courtes
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Autrement dit, le pire scénario énergétique possible pour ce type d’installation. C’est d’ailleurs pour cela que cette période est particulièrement intéressante. Un système qui tient l’hiver aura généralement beaucoup moins de difficultés le reste de l’année.
Ce que j’ai observé sur le terrain
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- Durant toute cette période, le routeur est resté actif en continu (sauf pour l’upgrade 18650).
- Il n’y a eu aucune extinction non contrôlé du système, ce qui est déjà un bon indicateur de la viabilité du montage.
- Mais en observant de près le comportement des batteries, une tendance s’est rapidement dessinée.
- La recharge solaire en hiver est très irrégulière.
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Certains jours apportent un peu d’énergie. D’autres… quasiment rien. Dans ces conditions, tout repose sur la capacité de la batterie à encaisser plusieurs jours sans recharge significative. Et c’est précisément là que j’ai identifié la première limite du système.
La tension des batteries – Le signal d’alerte
Après environ dix jours de fonctionnement, j’ai commencé à constater un phénomène récurrent. Chaque jour, la tension batterie descendait trop régulièrement vers la zone des 3,2 volts. Cette situation est apparue pendant une période particulièrement défavorable : 10 jours consécutifs de grisaille en Herault (oui c’est ma première fois en 15 ans).
Le système continuait de fonctionner, mais la marge devenait clairement trop faible pour envisager une exploitation durable sans intervention. En clair, le routeur tenait… mais sur une réserve énergétique trop juste pour absorber des communications soutenues.
Une modification avant l’installation définitive
À ce moment-là, le routeur n’était pas encore fixé définitivement sur le toit. J’ai donc pris une décision simple : augmenter la réserve énergétique avant de finaliser l’installation sur le toit.
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- La configuration initiale utilisait 2 cellules 18650.
- Je suis passé à 4 cellules 18650 de 3000 mAh
- La capacité totale est ainsi passé à environ 12000 mAh théoriques
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Cette modification permet :
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- d’augmenter la réserve énergétique
- d’absorber plus facilement plusieurs jours sans soleil
- de réduire la profondeur des cycles de décharges des batteries
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Bref, d’apporter de l’inertie énergétique au système.
Une différence très nette
Avec cette nouvelle configuration, le comportement du routeur devient beaucoup plus confortable. Les périodes de mauvais temps sont beaucoup mieux absorbées. Même lorsque la production solaire est faible, cette réserve d’énergie permet de maintenir le système en fonctionnement sans se rapprocher trop rapidement des limites critiques des batteries. En pratique, le routeur devient nettement plus robuste face aux longues périodes de ciel couvert hivernal.
⚡ Pourquoi 3,2 V est une limite critique pour une cellule 18650
Les cellules lithium-ion de type 18650 possèdent une plage de fonctionnement relativement étroite. Leur tension nominale est d’environ 3,6 à 3,7 volts, avec une tension maximale de charge autour de 4,2 volts.
À l’inverse, la limite basse se situe généralement entre 2,8 V et 3,0 V selon les cellules et les circuits de protection. En pratique, dans un système autonome alimenté par énergie solaire, il est préférable de ne jamais s’approcher de cette limite.
Lorsque la tension descend vers 3,2 volts, plusieurs phénomènes apparaissent :
- la capacité restante devient très faible
- la tension peut chuter brutalement sous charge
- le système peut redémarrer ou s’éteindre sous un appel de charge TX
- les cycles profonds accélèrent l’usure des batteries
Dans le cas d’un routeur Meshtastic alimenté par panneau solaire, atteindre régulièrement ce niveau signifie que la réserve énergétique est insuffisante pour absorber plusieurs jours de mauvais temps.
C’est précisément ce que j’ai observé après une période de 11 jours consécutifs de grisaille. La tension s’approchait trop souvent des 3,2 V, ce qui m’a conduit à augmenter la capacité batterie en passant à 4 cellules 18650 afin d’apporter davantage d’inertie énergétique au système.
Conclusion
Au fond, ce petit routeur Meshtastic n’est pas seulement un bricolage électronique ou un exercice technique. C’est surtout une expérience autour d’une question très simple : Comment maintenir une capacité de communication avec un minimum de dépendances extérieures ?
Pendant ces 60 jours d’exploitation, en plein cœur de l’hiver, le système est resté actif en permanence. Alimenté uniquement par un petit panneau solaire et quelques cellules 18650, il a continué à relayer les messages du réseau sans intervention particulière.
Cette expérience permet aussi de mesurer une différence importante avec les moyens radio plus classiques. En radio VHF ou UHF, maintenir une capacité de veille permanente sur plusieurs jours devient rapidement plus exigeant sur le plan énergétique. Les puissances d’émission sont plus élevées, les équipements consomment davantage, et assurer une disponibilité continue nécessite généralement des batteries plus importantes, voire des solutions d’alimentation nettement plus lourdes.
À l’inverse, les technologies LoRa utilisées par Meshtastic reposent sur une logique différente : très faible consommation, transmissions brèves, et écoute permanente à faible coût énergétique. Ce changement d’échelle énergétique ouvre des perspectives intéressantes. Il devient possible de déployer des relais discrets, autonomes et légers, capables de fonctionner longtemps avec très peu d’énergie. Dans une approche orientée résilience, cette combinaison (discrétion, sobriété énergétique et simplicité technique) devient particulièrement pertinente.
La résilience ne consiste pas à fonctionner parfaitement lorsque tout va bien. Elle consiste à continuer à fonctionner lorsque les conditions deviennent défavorables.
Ce petit routeur solaire n’est qu’une pièce d’un ensemble plus large. Mais il illustre assez bien ce que permettent aujourd’hui ces technologies : construire des systèmes simples, autonomes et capables de durer, avec des moyens finalement très modestes.

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modéré, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.

