Sur La Résilience, nous avons commencé la série par le module M – Massive bleeding (arrêt immédiat des hémorragies graves). Si vous ne l’avez pas encore lu : Module M – Massive Bleeding. La suite logique est le traitement des voies aériennes (A) et de la respiration (R) : sans perméabilité des voies aériennes et ventilation efficace, aucune autre action ne protège durablement une victime.
Cet article rassemble les gestes fondamentaux (manœuvres d’ouverture, canules oropharyngées et nasopharyngées), les dispositifs d’assistance respiratoire (masques BàB, BAVU), une présentation synthétique de l’intubation et un encadré spécifique sur les pansements occlusifs à valve destinés aux plaies thoraciques perforantes.
⚠️ Objectif pédagogique : ces gestes et matériels requièrent une formation spécifique et certains restent hors prérogatives du secouriste civil. Comprendre leur rôle permet toutefois de mieux préparer et d’assister l’intervention de professionnels habilités.
Cette lecture complète le parcours commencé dans les articles précédents, vous permettant de relier théorie et préparation pratique, en gardant toujours à l’esprit la sécurité et les limites de votre rôle.
Objectif général
Assurer la perméabilité des voies aériennes (A) et maintenir une ventilation efficace (R) pour préserver l’oxygénation et prévenir l’hypoxie. Ces modules interviennent après la priorité M (contrôle des hémorragies) et avant C (circulation).
1. Module A : Airway (Voies aériennes)
1.1 Signes d’alerte (obstruction / détresse)
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- Respiration bruyante (ronflement, stridor, gargouillis)
- Incapacité à parler ou à tousser efficacement
- Cyanose, tirage, mouvements respiratoires anormaux
- Altération de la conscience
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Une obstruction partielle ou complète provoque une hypoxie rapide : agir vite et dans l’ordre.
1.2 Contrôle initial
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- Inspecter bouche et nez (corps étrangers, sang, vomissements).
- Si pas de suspicion de traumatisme cervical : head-tilt / chin-lift (bascule tête / soulèvement du menton).
- Si suspicion de traumatisme cervical : jaw-thrust (subluxation mandibulaire).
- Aspirer si besoin (vomissements, sang).
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1.3 Désobstruction
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- Corps étranger visible → dégager avec un index en crochet ou pince de Magill (uniquement si visible).
- Obstruction par corps étranger chez un conscient → manœuvres d’Heimlich (selon formation).
- Réévaluer en permanence.
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1.4 Maintien de la perméabilité : OPA & NPA
Canules oropharyngées (OPA — Guedel)
Les canules de Guedel sont des dispositifs simples permettant de maintenir la langue dégagée de la trachée. Elles s’utilisent uniquement sur des personnes :
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- Indication : victime inconsciente (Glasgow < 5), sédation profonde, arrêt respiratoire.
- Rôle : empêcher la langue d’obstruer le pharynx.
- Limites : Elles ne ventilent pas à elles seules : leur rôle est de préparer la voie aérienne à une ventilation assistée (BàB ou BAVU). Ne pas poser sur un patient conscient (risque vomissement).
- Choix de la taille : mesurer coin de la bouche → lobe de l’oreille ; code couleur standard.
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Canules nasopharyngées (NPA — tube nasal)
Les canules nasopharyngées (ou tubes nasaux) sont introduites par une narine jusqu’au pharynx pour maintenir une voie respiratoire libre chez une victime semi-consciente ou présentant un trismus (mâchoires serrées). Elles permettent une ventilation plus confortable et plus tolérée que la canule de Guedel dans certains cas. Elles s’utilisent sur des :
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- Indication : victime semi-consciente ou trismus (mâchoires serrées) ; quand OPA impossible.
- Avantage : mieux tolérée si réflexe nauséeux présent.
- Contre-indications : traumatisme facial sévère, suspicion de fracture de la base du crâne, épistaxis massive.
- Taille : pointe du nez → lobe de l’oreille ; choisir diamètre adapté à la narine.
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2 . Module R : Respiration
2.1 Évaluation
Après la libération des voies aériennes :
- Observer la cage thoracique, mesurer la symétrie.
- Écouter les bruits respiratoires.
- Sentir le flot d’air à la joue (maximum 10 s). Absence de respiration normale ou gasps → débuter ventilation artificielle.
2.2 Ventilation de base (BLS) et protections
- RCP = Réanimation Cardio-Pulmonaire : C’est l’ensemble des gestes visant à maintenir artificiellement la circulation sanguine et la respiration chez une personne en arrêt cardiaque ou respiratoire.
- BLS = Basic Life Support (« Soutien vital de base » en français) : C’est le niveau de réanimation de base, destiné à tout citoyen formé ou secouriste de première ligne.
Masque de poche (mask / Pocket mask) — BàB
Le masque de bouche-à-bouche est un outil essentiel de ventilation d’urgence :
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- Interface légère avec valve anti-retour et filtre.
- Permet insufflations sans contact buccal direct.
- Compatible avec BLS, utile pour les secouristes civils formés.
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2.3 Ventilation assistée avancée : BAVU (Ambu / Bag-Valve-Mask)
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- Ballon autoremplisseur avec valve unidirectionnelle ; versions adulte/enfant/nourrisson.
- Utilisable seul ou avec une source d’oxygène.
- Technique : maintien de l’étanchéité du masque (+ souvent deux opérateurs : un maintient le masque, l’autre pétrit le ballon).
- Risques : insufflation gastrique si volumes/rythme inappropriés → risque d’aspiration.
- Rythme indicatif : ≈ 10 insufflations/min chez l’adulte en ventilation assistée (adapter selon contexte).
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2.4 Dispositifs supraglottiques
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- Masque laryngé (LMA), i-gel, etc.
- Alternative rapide à l’intubation : réservés à opérateurs formés (personnel d’anesthésie/SMUR/infirmiers spécialisés).
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2.5 Intubation trachéale – rappel synthétique
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- Technique de référence pour ventilation mécanique contrôlée : insertion d’une sonde endotrachéale.
- Personnel habilité : médecin (urgentiste/anesthésiste), IADE ; IDE peut assister mais n’intube pas de façon autonome sauf protocoles exceptionnels (👉 Voir : Fiches techniques – SRLF).
- Composition pratique : opérateur (intube), assistant(s) sédation/monitoring, assistant aspiration/préparation.
- Contextes exceptionnels où d’autres personnels peuvent intuber : délégations médicales écrites (SMUR, milieu militaire, opérations isolées) — toujours encadrés et dérogatoires.
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➡️ Dans certains contextes spécifiques :
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- Infirmiers sapeurs-pompiers ou infirmiers militaires peuvent intuber sous protocole écrit et sous responsabilité médicale, notamment en opérations extérieures ou zones isolées.
- Dans le cadre du Service Mobile d’Urgence et de Réanimation (SMUR), un IADE ou un infirmier formé à l’urgence peut exceptionnellement réaliser une intubation sur ordre médical direct (radio ou télétransmission).
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Ces cas restent exceptionnels, toujours justifiés par une urgence vitale et un contexte de délégation médicale écrite et validée.
2.6 Gestes d’exception (pneumothorax sous tension)
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- Décompression à l’aiguille ou thoracostomie : gestes d’urgence vitale mais techniques et à haut risque.
- Préférer thoracostomie/drain en milieu médicalisé.
- Ces actes sont réservés aux professionnels formés.
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👉 Lecture complémentaire : Gestes thoraciques d’exception en médecine d’urgence – la-mine.net
3. Plaies thoraciques perforantes : Pansements occlusifs et pansements à valve
Les plaies thoraciques perforantes représentent une urgence vitale car elles compromettent directement l’intégrité mécanique du thorax et la capacité du poumon à se ventiler correctement. Elles peuvent être :
- Perforantes : la paroi thoracique est pénétrée, mais sans émission audible d’air.
- Soufflantes (sucking chest wound) : un passage ouvert dans la paroi thoracique laisse entrer et sortir l’air, créant un bruit caractéristique d’aspiration. Cette situation favorise la survenue d’un pneumothorax ouvert, voire d’un pneumothorax sous tension, l’une des urgences vitales les plus sévères du module R (Respiration).
3.1 Objectifs
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- Éviter l’entrée d’air dans la cavité thoracique, qui empêcherait l’expansion pulmonaire.
- Permettre l’évacuation de l’air déjà présent, en réduisant le risque de pneumothorax sous tension.
- Surveiller constamment la dégradation respiratoire, qui peut être rapide.
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3.2 Pansements occlusifs
Les pansements occlusifs sont conçus pour sceller hermétiquement la plaie thoracique. Ils se composent d’un matériau étanche (plastique médical, hydrogel) permettant d’obturer l’entrée d’air dans la cage thoracique.
Indications : Perforation par objet fin, hémothorax, impact peu ouvert. La priorité est alors d’empêcher l’entrée d’air.
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- Plaie perforante non soufflante.
- Situation où aucun pansement à valve n’est disponible : Le bon vieux “3 sides taping” (scotch sur trois côtés) qui crée une valve improvisée. C’est encore enseigné aux secouristes, mais ce n’est pas optimal.
- En milieu hospitalier ou par besoin particulier
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Risque : Un pansement totalement hermétique peut piéger l’air intracavitaire et favoriser un pneumothorax sous tension. La surveillance continue est indispensable.
Principaux modèles : Les pansements occlusif sont de moins en moins utilisés. C’est un risque réel, documenté, notamment dans les retours d’expérience afghans/irakiens (TCCC 2015-2021).
3.3 Pansements thoraciques à valve (vented chest seals)
Ces pansements intègrent un système de valve unidirectionnelle permettant à l’air emprisonné de sortir, mais empêchant l’air extérieur de rentrer. Ils sont privilégiés dans la quasi-totalité des recommandations tactiques (TCCC, PFC, REMIT).
Indications :
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- Plaie thoracique soufflante.
- Plaie perforante avec détresse respiratoire.
- Toute situation où un risque de pression interne est suspecté.
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Principaux modèles :
Pose :
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- Inspection rapide, idéalement après avoir exposé le thorax.
- Nettoyage sommaire (retirer les corps étrangers non enclavés).
- Pose sur l’inspiration ou après une expiration forcée si le patient est conscient.
- Surveillance rapprochée : si aggravation, décollement temporaire du pansement pour laisser s’échapper l’air (burping technique).
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3.4 Prise en charge bilatérale
Lorsqu’un mécanisme perforant traverse le thorax (arme blanche, balle), il faut systématiquement rechercher et traiter une plaie d’entrée et une plaie de sortie. Dans le doute, le thorax doit être exploré visuellement sur ses quatre faces.
3.5 Dégradation respiratoire : Signes d’alerte
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- Respiration rapide, superficielle
- Cyanose et agitation
- Distension des veines du cou
- Déviation de la trachée (tardif)
- Asymétrie thoracique
- Sons respiratoires diminués d’un côté
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Toute dégradation doit faire suspecter un pneumothorax sous tension et conduire à adapter la prise en charge (dégagement partiel du pansement, mise en PLS adaptée, alerte médicale immédiate).
4. Matériel recommandé
Ce tableau distingue ce qu’un secouriste peut légalement utiliser en France, de ce qui relève du personnel médical ou paramédical.
| Matériel | Niveau | Exemple / Marque | Utilisation / Remarques |
|---|---|---|---|
| Gants nitrile | SC1 | Toute marque certifiée | Protection du secouriste ; étape préalable obligatoire. |
| Masque de bouche-à-bouche (BàB) avec valve unidirectionnelle | SC1 | Laerdal Face Shield, Ambu Res-Cue Mask | Ventilation sécurisée sans contact direct, pour RCP adulte/enfant. |
| Pansements thoraciques occlusifs à valve | SC1 | HyFin® Vent, Russell Chest Seal® Vent | Plaie thoracique soufflante ; laisse sortir l’air sans rentrer. |
| Pansement compressif thoracique (hémorragie associée) | SC1 | OLAES®, Emergency Bandage® | Plaie thoracique non perforante avec saignement. |
| Couverture de survie | SC1 | Toute marque | Prévention de l’hypothermie chez tout traumatisé. |
| Canules oropharyngées (Guedel) | SC2 | Marquage couleur standard | Maintien des voies aériennes chez l’inconscient sans réflexes nauséeux. |
| Canules nasopharyngées | SC2 | Taille en mm | Alternative si réflexes présents ; contre-indiquée si fracture base du crâne. |
| BAVU (ballon auto-remplisseur) | SC2 | Ambu Spur II, Laerdal | Ventilation assistée manuelle, usage idéal en binôme. |
| Masques de ventilation pour BAVU | SC2 | Ambu, Laerdal | Garantissent l’étanchéité indispensable au BAVU. |
| Oxymètre de pouls | SC2 | Contec, AnyMed, oxymètre PO 40 | Surveille saturation et efficacité ventilatoire. |
| Aiguilles de décompression (thoracostomie) | SC3 | TPAK 14G | Geste réservé médecins / IADE / paramédicaux formés ; jamais pour secouristes. |
⚠️ Avertissement
Les dispositifs et techniques présentés dans cet article — canules, BAVU, matériel d’intubation, aiguilles de décompression — sont réservés à des personnels formés et habilités. Leur usage est hors du cadre des compétences d’un secouriste civil.
Leur présence dans un kit de secours avancé ou sur un lieu d’incident peut néanmoins permettre à un professionnel de santé (médecin, pompier, infirmier) d’intervenir immédiatement, sans perte de temps critique.
Cet article a pour but d’informer et de sensibiliser, non de promouvoir un usage non encadré.
Conclusion
Les modules A (Airway) et R (Respiration) constituent le cœur de la prise en charge vitale. Assurer la perméabilité des voies aériennes et maintenir une ventilation efficace permet de gagner un temps précieux avant l’arrivée des secours et de maximiser les chances de survie d’une victime.
Nous avons vu que canules, masques BàB et insufflateurs manuels (BAVU) sont des outils précieux, tandis que l’intubation et les gestes thoraciques d’exception restent strictement réservés aux professionnels. Comprendre leur fonctionnement permet au secouriste d’être préparé, réactif et efficace, sans dépasser ses compétences.
Le prochain module, C – Circulation, abordera la gestion du choc et des hémorragies internes ou externes, poursuivant la logique du protocole MARCHE-RYAN. Ce sera l’occasion de compléter votre compréhension des gestes de survie avancés, tout en restant conscient des limites de l’action du secouriste civil.
En combinant théorie, préparation et vigilance, chaque citoyen formé peut stabiliser une victime et faciliter l’intervention des professionnels, véritable objectif de la résilience appliquée aux situations d’urgence.
Module M : Massive Bleeding – MARCHE-RYAN
Module A + R : Airway & Respiration – MARCHE-RYAN
Module C + H : Choc & Hypothermie – MARCHE-RYAN
Module E : Evacuation – MARCHE-RYAN

Je m’appelle Sébastien. Sans jugement ou catégorisation, je ne m’identifie pas plus particulièrement aux « Survivalistes », « Preppers », « Décroissant », (…) qui ont cependant le mérite de mettre en lumière des sujets et connaissances malgré tout. Je me reconnais plutôt comme un « Résilient ». En tant que père de famille, je développe une approche modéré, structurée et éducative avec une forte envie d’apprendre et transmettre. En savoir plus.




